Lettre n°12

À LA UNE

Le jardin potager du Foyer d’accueil médicalisé porte ses fruits

« Nous avons semé une petite graine, il y a à peine trois ans. C’était une idée qui avait germé dans nos têtes de créer un jardin thérapeutique. Aujourd’hui le potager est devenu réalité », lance Virginie Dechanciaux, directrice qualité et développement, ancienne directrice du FAM, avec un sourire de satisfaction. Il faut reconnaître que sa réalisation, inscrite dans le projet d’établissement, relevait d’un vrai défi. Quel en était l’objectif ? Plaisir ou apprentissage ? C’était la question. Au final, ce sont les deux qui cohabitent ! Sandra Ozenne, l’actuelle directrice du FAM, estime que ce défi est en passe d’être relevé. Mais il aura fallu en lever des appréhensions! Pour les résidents dont certains sont d’anciens travailleurs des ESAT, le jardinage symbolisait le travail. Mais au bout du compte, ils ont vite pris l’habitude de venir. Ils trouvent du plaisir à être en plein air, au contact de la nature, de découvrir fruits, légumes, fleurs… Ici, on leur enseigne à protéger la nature car tout est bio, même sans en avoir le label. Donc pas question de mettre des insecticides, même si pour certains la méthode semble beaucoup plus radicale.

Tous prennent du plaisir à venir au potager

Le respect de la biodiversité, ils l’apprennent sur le terrain, grâce à Guy Ruck, jardinier de métier. Son rôle d’éducateur, formateur, technicien horticole est primordial pour le suivi du projet. Chacun s’implique à son rythme. L’activité potagère est libre.

« Certains arrosent, d’autres cueillent ou observent, mais tous prennent du plaisir. C’est une activité qu’ils choisissent en toute liberté, » explique la directrice. Elle reconnaît aussi que rien ne pourrait se faire sans Guy. C’est lui qui motive les troupes en passant dans chaque unité du foyer pour sonner le rappel et prévenir de l’activité de la journée. Les résidents le rejoignent s’ils en ont envie. Aujourd’hui, ils sont plus d’une quinzaine motivés qui viennent régulièrement. Quel que soit leur handicap, ils peuvent accéder au jardin y compris ceux qui sont en fauteuil.

« Même juste être présents et regarder ça leur fait un bien fou, ça les apaise, » constate Guy. « En début d’année, nous avons construit un atelier dans le jardin pour pouvoir travailler à l’abri pendant l’hiver ou les jours de pluie, c’est une belle réussite, » remarque le jardinier. Ce jardin fait également le lien avec l’atelier du goût. Jusqu’ici les ingrédients étaient achetés en magasin. « Cette année, nous avons notre propre production. Cet été nous avons récolté et dégusté des courgettes en grande quantité, des côtes de bettes, des cardes rouge et jaune, des radis, des tomates et des fruits : cassis, groseilles, myrtilles, framboises, fraises, pommes, poires… », énumère fièrement Guy. Il a en projet de réaliser à la demande des résidents, des parcelles individuelles… et même « des coins de repos pour bronzer en maillot de bain, sans être gênés des regards indiscrets, » précise la directrice… Guy accompagne les résidents au jardin potager depuis l’origine du projet.

Un jardin des cinq sens en projet

Il travaille en équipe avec Luc, psychomotricien, Antoine, éducateur sportif et Patrick, kinésithérapeute. Tous les quatre rivalisent d’idées : créer un micro parcours de santé pour la motricité, ainsi qu’un parcours sensoriel… Ce dernier aura l’originalité de proposer un cheminement – tunnel végétal – jusqu’au « jardin des cinq sens », quelle inspiration ! Ces projets devraient se concrétiser en 2018. Une opération porte ouverte est prévue pour les familles. À cette occasion, le FAM a le projet d’installer des tables de jardin. L’objectif est de présenter le potager bio et de pouvoir distribuer le surplus de la production aux familles. D’autres projets sont en cours sur le thème des animaux. Aujourd’hui, les résidents se rendent à la ferme pédagogique d’Ecquevilly. Là, ils apprennent à s’occuper d’eux, pas uniquement les caresser, mais aussi les nourrir, les nettoyer, les soigner… C’est un bel apprentissage. Demain le FAM souhaite acquérir un animal. Cela fait dire à Sandra Ozenne : « tous ces projets qui nous animent, c’est du bonheur. Quand on les voit prendre forme, c’est un réel plaisir pour le bien-être des résidents ! ». En plus de cultiver son jardin, le FAM se cultive aussi avec la musique de son Crazy music band qui rencontre un beau succès lors de concerts, la danse thérapie et l’arthérapie qui sert également à agrémenter le jardin. On y revient, la boucle est bouclée !

Guy Ruck le jardinier, éducateur, formateur, technique

« M’occuper du jardin, c’est du plaisir, une vraie passion. Quand les résidents y viennent d’eux-mêmes m’y retrouver, c’est une vraie satisfaction pour moi. Je comprends que pour d’autres cela puissent être plus difficiles car ils peuvent être fatigués du travail en ESAT. J’ai fait une formation horticole en pépinière. Mais ce qui me plaît avant tout c’est le travail au service des personnes atteintes de handicap. Je cherchais à travailler dans un foyer comme celui-ci depuis longtemps et avant de trouver cette place, j’avais aussi fait huit ans de chantier d’insertion pour me former au métier de formateur. Le jardin a été pensé, dès le départ, pour l’accès des personnes qui ont des difficultés. Je pense à elles avant tout, j’essaie de me mettre à leur place. Je fais de mon mieux. Ça me donne envie qu’il soit beau et harmonieux. La biodiversité fait que le jardin est riche. Il y a énormément d’insectes. Nous avons même une taupe qui nous fait un réseau drainant de premier ordre ! Le jardin est ouvert tous les jours. C’est Gilles qui vient le plus souvent et nous arrivons à inclure deux à trois personnes pour faire un petit chantier. Catherine aussi qui est en fauteuil vient régulièrement. Chaque jour nous nous adaptons en fonction du handicap. Le but, c’est que chacun reparte avec un saladier à partager avec de bons fruits et légumes. Les framboises ont du succès et nous comptons doubler la production pour l’atelier du goût. Nous aurons bientôt des betteraves et des poireaux. »

Questions à

Florence Tourland-Gicquel

DIRECTRICE DES ESAT D’ECQUEVILLY ET DE POISSY

Quelles sont les raisons de cette mutualisation entre les deux ESAT d’Ecquevilly et de Poissy ?

« Tout d’abord, il y a le contexte. Nous nous adaptons à l’actualité. Jusqu’à présent facultatif, le contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (CPOM), nous est imposé par les autorités de contrôle et de tarification, dès 2019. Dans un contexte budgétaire toujours très contraint, il est indispensable d’anticiper ces évolutions majeures. Cela implique une réflexion sur l’organisation et le fonctionnement de nos établissements, afin de réaliser des économies. L’association Handi Val de Seine avait déjà proposé une création de pôles ce qui signifiait un regroupement entre les établissements qui avaient des liens notamment pour nous : le travail adapté. »

Diriger deux établissements au lieu d’un, c’est une double charge de travail ?

« Oui, bien sûr c’est une charge de travail supplémentaire, mais c’est aussi un vrai challenge pour moi. A l’ESAT d’Ecquevilly aujourd’hui, l’organisation est bien rôdée. Sans « modéliser » un fonctionnement plutôt qu’un autre, nous allons pouvoir appliquer ce qui a fait ses preuves à Ecquevilly à Poissy et vice-versa. La direction unique permet plus facilement la mutualisation entre les deux structures. J’ai accepté le poste avec beaucoup d’enthousiasme. Je souhaite que les deux ESAT de l’association contribuent, par de beaux excédents, à son développement. Forte de mon expérience et de ces atouts, je peux aborder ma mission en toute sérénité, d’autant que je ne suis pas seule. »

Vous serez à la tête de 196 personnes accompagnées avec 50 salariés à l’encadrement ?

« Oui, c’est conséquent, mais j’ai une équipe solide à mes côtés. Nous avons mis en place à Poissy une direction adjointe, tout comme à Ecquevilly, avec Marie-Hélène Dutrieux qui prend en charge toute la production. Nous sommes soutenues par Sylvie Gouellain, chef de service médico-social et Laurentine Blondel, chef de service production. »

Quels sont vos objectifs prioritaires pour les deux ESAT ?

« Je souhaite avant tout que l’accompagnement que l’on propose aux travailleurs soit le meilleur possible. Qu’on puisse leur permette de vivre dans les meilleures conditions, qu’ils se sentent des citoyens reconnus dans leur qualité de travailleurs et plus largement des citoyens du monde…

Ensuite je dois relever un autre challenge :

Que l’ESAT de Poissy redevienne excédentaire pour pérenniser les activités. »

Comment allez-vous vous y prendre ?

« Je souhaite communiquer et faire connaitre notre savoir-faire, démarcher nos clients. Il nous faut améliorer nosproductions par un contrôle qualité exigeant, moderniser certains équipements et faire monter en compétences les travailleurs et les salariés. Pour mener à bien ces missions, je vais devoir être pédagogue, expliquer ce que nous voulons faire pour que les mesures soient bien comprises. Cette mutualisation nous donne la possibilité de lancer une nouvelle activité « le lavage de véhicules »,pilotée par Ecquevilly, sur les deux structures. Vous pourrez ainsi venir manger au club et laisser votre véhicule qui sera nettoyé, sans perdre de temps ! L’équipe pourra même se déplacer. Vous en saurez plus sur le site de l’ESAT ! ».

www.esat-handivaldeseine-78.com 

ZOOM

Thomas Vignez, ergothérapeute à la Mas de Limay

Thomas Vignez, 24 ans, est jeune diplômé de l’Institut de formation en ergothérapie (IFE) du Campus des Mureaux en 2016. Il a eu la chance d’être recruté après un apprentissage en alternance, en 2014 à la Maison d’accueil spécialisé de Limay.

Le rôle d’un ergothérapeute est de contribuer au traitement des troubles et des handicaps de nature psychique ou physique. La discipline s’applique dans les domaines des soins, de la rééducation, de la réadaptation, de la prévention et du conseil. Thomas est véritablement passionné par son métier : « Nous sommes au coeur de la vie des personnes. C’est un travail qui a une incidence directe sur leur vie quotidienne qui concerne leur indépendance et leur autonomie. » Ergothérapie qui vient de Ergos en grec veut dire travail. Cela se traduit dans toutes les activités et gestes de la vie courante : se déplacer, communiquer, cuisiner, se laver, faire ses comptes… Selon lui, pour réussir, le soin doit rester ludique. En premier lieu, c’est le relationnel qui compte. Par exemple, Thomas aide les personnes atteintes de handicap à réaliser les transferts d’un endroit à un autre. Cela peut se révéler par l’intermédiaire d’une activité comme le bowling, par exemple, où ils sont motivés pour jouer et pour se mettre dans la position debout pour tirer. Ensuite, ils pourront reproduire ce déplacement.

« Ce qui est beau, c’est leur joie de vivre. Cela nous motive pour continuer ! »,explique Thomas et il ajoute avec un sourire : « ce qui me plait ici, c’est que c’est une maison. On s’y sent tous bien et cela permet de développer en collaboration avec toutes les équipes ce côté ludique. » La prise en charge des personnes accueillies peut se faire de façon individuelle ou en groupe, ponctuellement ou sur rendez-vous, selon les besoins de chacun. Le travail se pratique en équipe pluridisciplinaire et comme le constate Thomas, « il y a aussi le feeling des aides-soignantes qui sont au quotidien avec elles, et quand les progrès sont là, si un résident en fauteuil arrive à marcher, toute l’équipe est heureuse. On n’en croit pas nos yeux ! ».

Télécharger la lettre au format PDF

FINANCEURS

ARS_idf_124_71

Show Buttons
Hide Buttons